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L’action du sable et de l’eau a lentement séparé
la pierre de la pierre. Chacune se souvient de sa sœur,
leurs surfaces sont jumelles. Bien que semblables, elles ne
coïncident qu’à peu près. Un fil
les a séparées, et les rides qu’il a formé
font vibrer à leur contact l’air qui a remplacé
la pierre qui manque.
Dans le cas de l’usure naturelle, celle des galets,
des rochers arrondis par la mer, mais aussi celle des marches
d’églises, la pierre qui manque s’est dissoute,
le temps l’a annihilée, anéantie, mélangée
à la poussière des semelles innombrables, dissoute
dans chacune des gouttes innombrables. L’épaisseur
de pierre qui manque, c’est celle du passé. L’autre,
celle qui reste, est lourde de toutes les formes possibles,
lourde de ce qui n’a pas encore été. Entre
les deux qu’un fil sépare, une surface incertaine
et ridée : « maintenant ».
La surface qu’a laissée le fil
est ridée comme de l’eau, la pierre absente et
celle qui reste s’y reflètent. Chacune y est
son propre futur et le passé de l’autre.
Christophe Loyer, 30 déc.
1990
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