<center><font face="Arial,Helvetica,Geneva,Swiss,SunSans-Regular"><font size=+4>Christophe Loyer sculteur et plasticien</center></font></font> <a href="http://www.christopheloyer.net">Christophe Loyer sculteur et plasticien</a>

                 
 
PIERRES


Le mythe d’androgyne
Travail au fil - 1990

 

L’intérieur d’une pierre est inaccessible aux sens ; pour y accéder, il faut la briser. On se retrouve alors avec plusieurs pierres, chacune inaccessible.
Si l’on s’obstine, on n’obtient rien de plus qu’un tas de poudre. On peut aussi essayer de la couper en tranches fines : autant de surfaces – l’intérieur fuit toujours.

 

 

Le fil est une tentative d’accéder à l’intérieur de la pierre sans la briser. Grâce au mélange abrasif de sable et d’eau qu’il entraîne, il pénètre en usant lentement, comme un torrent creuse une gorge au travers d’une montagne. La surface qu’il laisse derrière lui est incertaine et ridée comme de l’eau.

 


L’action du sable et de l’eau a lentement séparé la pierre de la pierre. Chacune se souvient de sa sœur, leurs surfaces sont jumelles. Bien que semblables, elles ne coïncident qu’à peu près. Un fil les a séparées, et les rides qu’il a formé font vibrer à leur contact l’air qui a remplacé la pierre qui manque.
Dans le cas de l’usure naturelle, celle des galets, des rochers arrondis par la mer, mais aussi celle des marches d’églises, la pierre qui manque s’est dissoute, le temps l’a annihilée, anéantie, mélangée à la poussière des semelles innombrables, dissoute dans chacune des gouttes innombrables. L’épaisseur de pierre qui manque, c’est celle du passé. L’autre, celle qui reste, est lourde de toutes les formes possibles, lourde de ce qui n’a pas encore été. Entre les deux qu’un fil sépare, une surface incertaine et ridée : « maintenant ».
La surface qu’a laissée le fil est ridée comme de l’eau, la pierre absente et celle qui reste s’y reflètent. Chacune y est son propre futur et le passé de l’autre.
Christophe Loyer, 30 déc. 1990